Chapitre VI
Le Régime représentatif contre les libertés individuelles ?
A la fin de sa vie, Herbert Spencer s’inquiète beaucoup de l’évolution politique, économique et sociale des pays qui lui paraissent les plus évolués, c’est-à-dire pour lui, les plus proches du modèle de société tournée vers les préoccupations économiques (« industrial society »). Cela le conduit à la critique non conformiste du régime parlementaire et de ses partis politiques accusés de restreindre les libertés.
Cette critique s’exerce dans une partie des « Essais Politiques », comme « L’Excès de Législation » (1853), « Le Gouvernement représentatif » (1857), « La Réforme Electorale, Dangers et Remèdes » (1860). Trois autres textes qui vont plus loin encore dans la critique ont été regroupés dans un livre intitulé « l’Individu contre l’État » (Man versus State) paru en 1884 : « Le Péché des Législateurs », « La Grande Superstition Politique » et « Le Nouveau Toryisme ». Il faut y ajouter certains courts articles parus dans « Faits et Commentaires » (1902), notamment « le Gouvernement de Parti » et « La Réglementation ».
Déjà, dans les « Essais Politiques », Spencer était passé insensiblement de la réflexion sur la limitation de l’État à la critique de l’excès de législation et même à celle du régime parlementaire en tant que tel (qu’il continue toutefois de préférer au « despotisme »). Dans le même esprit, il s’inquiète des dangers qu’une extension du suffrage universel, à laquelle il était pourtant favorable, pourrait faire courir aux libertés.
Dans « L’individu contre l’État », Spencer radicalise son propos, stigmatisant « les péchés des Législateurs », accusant le parlementarisme de reposer sur une « Grande Superstition Politique », et s’étonnant de l’évolution négative des partis politiques anglais, l’ancien parti whig ou libéral devenant de plus en plus interventionniste. Dans « Faits et Documents », il est revenu une dernière fois sur les méfaits du gouvernement de parti et de la réglementation étatique.